Dowaai / Douai

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Douai est une ville située au bord de la Scarpe, à la jonction des espaces artésien, flamand et hainuyer. Elle appartient au cœur historique des Pays-Bas bourguignons. En mariant en 1369 sa fille Marguerite à Philippe le Hardi, le comte de Flandre Louis de Mâle avait récupéré avant de les léguer à son gendre les trois châtellenies de Lille, Douai et Orchies dont s'était emparé quelques décennies plus tôt le roi de France Philippe le Bel. Bien qu'à nouveau réunies à la Flandre, les trois châtellenies conservèrent leur autonomie ayant leur propre gouverneur et leurs propres États. Seul le fait qu'elles dépendaient en appel du Conseil de Flandre rappelait leur ancienne appartenance au comté.
        Douai comptait au XVIe siècle dix à quinze mille habitants. C'était bien moins que Lille, deux fois plus peuplée mais autant que ses autres voisines Arras, Valenciennes, Cambrai et Tournai. La ville n'avait pas réussi à relancer son activité textile et sa démographie était atone. Son économie ne reposait désormais que sur le commerce des grains, garanti par le privilège d'étape. Les céréales produites en Artois et en Hainaut convergeaient en chariots à Douai où elles étaient chargées sur des bateaux qui remontaient la Scarpe et l'Escaut jusqu'à Gand. Ce commerce faisait la fortune des gros marchands douaisiens et donnait du travail à plusieurs centaines de portefaix en tout genre.
        La décision de Philippe II d'installer dans la ville une université changea profondément la physionomie de Douai. C'étaient les Douaisiens qui avaient sollicité la fondation d'une telle institution en 1531. Ils arguaient alors qu'il fallait donner aux étudiants francophones des Pays-Bas une alternative à l'université de Paris, mais il s'agissait avant tout pour eux de diversifier et dynamiser les activités d'une ville structurellement sous-peuplée dans un espace enclos de cent quatre-vingts hectares. Le projet n'aboutit que trente ans plus tard, en 1562, à l'instigation de Jean Vendeville et par la volonté de Philippe II. Pour le roi d'Espagne, l'établissement devait être le fer de lance idéologique du catholicisme face à la menace protestante. L'université était ainsi très liée au collège jésuite fondé en 1568 par l'abbé d'Anchin et que Jean Vendeville avait appelé de ses vœux dès le départ. La ville accueillit aussi les écoles de différentes congrégations catholiques des Iles britanniques chassées par la répression d'Elisabeth.
        Les recteurs de Louvain s'étaient opposés à la fondation de l'université de Douai. Ils avaient avancé notamment, pour défendre leur cause, que la ville était bien trop près de la frontière avec la France, l'ennemi de la maison d'Autriche. Douai était en effet une ville frontalière. Elle avait subi les assauts de Louis XI en juillet 1479 et en janvier 1556 l'amiral de Coligny avait tenté de prendre la ville par surprise. A chaque fois, la ville avait réussi à se protéger, remerciant Dieu pour sa grâce. La commémoration des évènements donnait lie chaque année à des processions. La procession de juillet était la grande procession de la ville. Douai affirmait ainsi sa fidélité à Dieu et à son prince. Cette conscience d'être une ville fidèle imprégnait profondément la mentalité des habitants.

Comme la plupart des villes de Flandre, Douai était dirigée par un large magistrat aux compétences multiples. Depuis 1373, le magistrat se composait de douze échevins élus pour treize mois. Cette élection était en fait une cooptation, les douze échevins sortants désignant neuf électeurs pour renouveler le jour même l'échevinage. Les échevins des deux tours précédents formaient le conseil. On choisissait aussi parmi eux les « six-hommes » qui étaient chargés notamment du contrôle des travaux de la ville, et les « paiseurs », des juges de paix. Ce mode de désignation faisait l'originalité de Douai, car à l'époque pratiquement tous les échevinages de la région étaient nommés par le souverain. Charles Quint et ses prédécesseurs avaient du reste cherché à réduire la liberté des échevins qu'on accusait de monopoliser le pouvoir. En 1506, 1513 et 1535, l'interdiction de tout lien de parenté entre les échevins et les électeurs avait été réaffirmée et renforcée. On avait aussi prohibé la présence de plus de trois marchands de grains.
        En fait, l'oligarchie qui gouvernait Douai n'était pas plus fermée que dans les autres villes. L'étude comparative du renouvellement des échevinages de Lille et de Douai montre que malgré un mode de désignation différent, la concentration du pouvoir et le rythme de renouvellement étaient pratiquement les mêmes dans les deux villes. D'une génération à l'autre, l'évaporation des familles en place était très forte et on constate un renouvellement constant des familles à la tête de la ville. Si on trouve plusieurs fils succédant à leur père dans l'échevinage, la présence d'une famille sur trois générations est exceptionnelle. A l'échelle des individus, la plupart des échevins étaient des météores élus seulement une fois mais une dizaine d'hommes étaient régulièrement reconduits dans la fonction. Élus successivement échevin, paiseur puis six-hommes tous les trois renouvellements, ils siégeaient à l'hôtel de ville généralement jusqu'à leur mort.
        Les échevins étaient pour la plupart désignés comme des « bourgeois rentiers », les marchands ne représentaient selon les registres au renouvellement de la Loi qu'un tiers du corps. Mais beaucoup des rentiers n'étaient en fait que des marchands âgés retirés des affaires. Comme dans les autres villes de la région, les premiers rangs de l'échevinage à commencer par le poste de chef des échevins étaient souvent occupés par des gentilshommes. Ils formaient environ un huitième de l'effectif. Ils ne portaient généralement que le titre d'écuyer. Leur présence renforçait le prestige de la charge publique mais dans le sens inverse l'occupation d'une charge publique renforçait l'honorabilité du titulaire. Si quelques échevins chefs roturiers se rencontraient encore dans la première moitié du XVIe siècle, la fonction est monopolisée par la noblesse à partir de 1565. Le début des troubles achève l'évolution en provoquant un resserrement de l'élite en place. Les suspects de religion furent écartés des fonctions scabinales alors que des catholiques fervents comme Eustache d'Aoust, seigneur de Jumelles ou Jacques d'Assignies, seigneur d'Assignies monopolisent pratiquement les fonctions de direction de 1566 à 1591.
        La description de l'organisation politique de Douai ne serait pas complète sans évoquer l'assemblée des bourgeois. Dans la première moitié du XVIe siècle, les registres aux Consaux n'évoquent généralement que la présence des échevins et des conseillers désignés comme les « échevins des deux tours précédents » mais pour les décisions importantes, on convoquait aussi les deux chapitres canoniaux de la ville, Saint Amé et Saint Pierre, ainsi que «  plusieurs gentilshommes et notables bourgeois ». Après 1566, ces assemblées élargies furent plus nombreuses. Le nom des nobles et des bourgeois présents fut même parfois enregistré. Si on s'en tient à ces listes, ces assemblées ne réunissaient qu'une cinquantaine d'hommes et n'étaient pas ouvertes à tous les bourgeois de statut. Il semble même que des listes de convocation existaient. Les bourgeois présents appartenaient pour la plupart aux familles siégeant à l'échevinage. Ils avaient déjà été eux-mêmes échevins ou électeurs ou avaient un parent dans cette situation. On trouve aussi parmi les présents les notables écartés de l'échevinage après 1566. Les assemblées permettaient par leur adhésion de renforcer l'autorité de l'échevinage catholique mais elles étaient aussi un moyen pour l'opposition de s'exprimer comme le montre la courte période d'instabilité que connut la ville entre octobre 1577 et octobre 1578.

Douai avait été peu touchée par la prédication protestante. En 1555, l'évêque d'Arras estimait la ville bien moins touchée que Valenciennes. Le calviniste Jean Crespin dans son Histoire des Martyrs parue en 1554 faisait le même constat. L'installation de l'université dans ce bastion du catholicisme avait renforcé la tendance, il y avait cependant une présence protestante à Douai. Elle n'osa s'affirmer en grand jour en 1566, la flambée iconoclaste allumée quelques lieues plus au nord ayant épargné les châtellenies de Lille et de Douai. Nommé gouverneur de la province quelques mois plus tôt, Maximilien de Vilain, baron de Rassenghien avait réussi par son énergie et sa fermeté à juguler la violence des gueux. A sa demande, les échevins de Douai avaient mis la ville en alerte comme ils avaient l'habitude de le faire pour se protéger des armées françaises. La ville étant restée calme, les protestants résidant dans la ville échappèrent à la répression mais ils subirent une pression renforcée de la part du magistrat. On imposa à chaque notable de juger serment de fidélité au roi et à la religion romaine. Ceux qui avaient émis des réserves, avaient tenté de s'exonérer du serment comme Albin Richebourg furent écartés de l'échevinage les années suivantes. Malgré des tensions palpables et la peur que suscitait le passage de soldats espagnols, Douai resta donc calme jusqu'en octobre 1577.
        L'arrestation à Gand du baron de Rassenghien bouleversa en effet l'équilibre des forces en présence. Jacques d'Assignies, alors chef de l'échevin était un fidèle du gouverneur. Comme lui, il s'était montré au cours des mois précédents de plus en plus hostile aux Etats généraux, refusant de faire le moindre pas en matière de religion. A défaut d'en appeler déjà à une réconciliation avec Philippe II, il soutenait en octobre auprès des bourgeois le projet du duc d'Aerschot en faveur de l'archiduc Mathias. La fronde de certains gentilshommes, notamment Adrien de Villers, seigneur de Faignolet l'obligea alors à reculer. Les décisions prises par le magistrat dans les mois qui suivirent témoignent de son inquiétude croissante. On décida de recenser les étrangers dans la ville, de renforcer la défense de la ville et de mieux la coordonner. Pour se justifier, les échevins avaient un possible coup de force des Gantois, mais le danger pouvait aussi venir de l'intérieur.
        En fait, ce fut la nomination par les Etats généraux de Hugues de Bournel, seigneur de Steenbecque en remplacement de Rassenghien, toujours prisonnier, qui provoqua le basculement de la situation. Arrivé à Douai en février 1578, Hugues de Bournel décida en effet quelques semaines plus tard, le 15 mars, de renouveler de son propre chef le magistrat de la ville malgré les privilèges de la cité. Il se débarrassait ainsi de Jacques d'Assignies, qu'il fit aussitôt arrêter. A la tête du nouvel échevinage, il choisit Faignolet. Les organistes semblaient alors l'emporter. En mars, les Anglais furent expulsés de la ville et en avril, on imposa à toute la population de prêter serment de défendre la ville contre Don Juan. Mais le pouvoir restait beaucoup plus fragile qu'à Arras où les organistes avaient aussi pris le pouvoir. Là-bas, les protestants se sentaient suffisamment forts pour organiser des prêches publics alors qu'à Douai on réaffirmait encore l'interdiction du culte réformé en juillet.
Au cours de l'été 1578, l'effervescence dans la région était à son comble. Aux agissements du duc d'Anjou qui tentait une première intervention aux Pays-Bas, s'ajoutaient les atermoiements des nobles catholiques face au pouvoir croissant du prince d'Orange. Avec le retournement des Malcontents, les positions des deux camps étaient très mouvantes. C'est dans ce contexte instable qu'une tentative de coup de force des orangistes les plus radicaux permit à la faction catholique de reprendre le pouvoir en octobre 1578. Dans la nuit du 16 au 17 octobre, les milices bourgeoises étant restées sous le contrôle des catholiques, les insurgés durent s'avouer battus. La reprise en main par le parti catholique doit être mise en relation avec les évènements qui eurent lieu au même moment à Arras.
        C'est la peur suscitée par le coup de force protestant qui poussa Douai, à la différence de Lille, à signer l'Union d'Arras le 6 janvier 1579. Le Magistrat nommé par Bournel étant complètement déconsidéré, ce fut Eustache d'Aoust qui s'exprima alors au nom de la ville. La signature de la paix d'Arras réaffirmait définitivement la fidélité de Douai à Philippe II, son seigneur naturel. Les rapides victoires d'Alexandre Farnèse permirent d'éloigner le danger même si la prise de Cambrai, aux mains des Français entre 1581 et 1595, resta un souci jusqu'à la conquête par le comte de Fuentès. En 1598, la paix signée à Vervins avec la France rassurait définitivement les Douaisiens.
        Le 10 février 1600, Douai pouvait se présenter aux Archiducs venus y faire leur Joyeuse Entrée comme la vierge sage restée toujours fidèle à son Dieu et à son prince. A l'entrée de la porte Notre-Dame, on avait en effet dressé un arc de triomphe où se tenaient trois dames:
« l'une portant le nom de Fidélité accoustrée jusques à la cheinture en homme armé comme on paint la déesse Pallas et vestue en bas d'une cotte rouge s'appuiant de sa main senestre sur une coulonne et de la main dextre tenant ung estandart rouge et l'aultre Dame à costé gauche accoustrée d'azur parsemé d'estoilles d'or resprésentant Religion quy tiendra en sa main une croix rouge, au milieu desquelles deux dames sera une pucelle accoustrée de blancq représentant une pucelle quy signifie Douay soy soustenant d'un costé et de l'aultre sur Fidélité et Religion au dessus ou au pied de laquelle sera ung escu de geulle et au frontispice de l'arc escript:

FIDE ET RELIGIOURE INTEMERATA
INTERMERATA FIDEISANT HEC ET RELLIGIOURE
INTERMERATA ERIT HEIC RELLIGIONE FIDE »
(texte tiré de la description de la Joyeuse Entrée des Archiducs à Douai
par le conseiller-pensionnaire Philippe Broide, Archives Municipales de Douai, AA 208 et BB 54)

Frédéric Duquenne
 

Literatuur

L' équilibre de la faiblesse : les relations entre les États provinciaux de Lille, Douai et Orchies et le pouvoir central à l'époque des Archiducs / Frédéric Duquenne. - graf. Dans: Revue du Nord : histoire & archéologie : Nord de la France, Belgique, Pays Bas, ISSN 0035-2624: vol. 90 (2008), afl. 377 (oct.-déc.), pag. 775-794, 863-864, 867-868, 871. Met samenvattingen in het Frans, Engels en Nederlands.

In de sporen van 1302 : Kortrijk-Rijsel-Dowaai / Leo Camerlynck, Edward De Maesschalck ; [eindred.: Jeroen Vanhee]. - Leuven : Davidsfonds/Leuven, cop. 2002. - 223 p. : ill., foto's, krt. ; 22 cm. Met lit. opg. ISBN 90-5826-175-1

Châtellenies de Lille, Douai, Orchies. - Bruxelles : Crédit Communal de Belgique, 1985-1986. - 2 dl. ; 34 cm. - (Albums de Croÿ, ISSN 0774-3106). Rug- en omslagtitel: Lille, Douai, Orchies. I: Généralités, abbayes, villes et villages / par Christiane Lesage ; avec introd. de Alain Lottin et de Jean-Marie Duvosquel. - 1985. - 232 p. : ill. - (Albums de Croÿ, ISSN 0774-3106 ; t. 12). Met lit. opg. en index.
Plaatsingscode UB Leiden: DOUSA f59 0312-13

Histoire de Douai / P. Demolon ... [et al.] ; sous la dir. de Michel Rouche ; préf. de Jacques Vernier. - Dunkerque : Éditions des Beffrois : Westhoek, 1985. - 347 p. : ill. ; 24 cm. - (Histoire des villes du Nord/Pas-de-Calais, ISSN 0750-540X ; 9) ISBN 2-903077-59-2

De Beeldenstorm / J. Scheerder. - Bussum : De Haan ; Haarlem : Fibula-Van Dishoeck, 1974, pp. 50-51

F. Pittery, Dowaai, in: Ons Erfdeel. Driemaandelijks kultureel tijdschrift, jaargang 9, juni 1966, nr. 4, pp. 115-124

A. Viaene, 'Vlaamse vluchtelingen in Douai', in: Handelingen van het genootschap voor geschiedenis gesticht onder de benaming Société d'émulation te Brugge / Annales de la societe d'emulation des Bruges (XCII) 1956 pp. 5-37

Les hérésies pendant le Moyen Âge et la Réforme jusqu'à la mort de Philippe II, 1598, dans la région de Douai, d'Arras et au pays de l'Alleu / Paul Beuzart. - Le Puy : Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon, 1912. - XI, 576 p. : ill., uitvouwb. krt. ; 25 cm. Voortitel: Les hérésies et la Réforme dans la région de Douai, d'Arras et au pays de l'Alleu. - Ook verschenen als proefschrift Parijs.

Bibliographie douaisienne, ou Catalogue historique et raisonné des livres  imprimés à Douai, ... : avec des notes bibliograhiques et littéraires / H.R. Duthilloeul. - Nouv. éd. cons. augm. - Douai : Adam d'Aubers, 1842-1854. - 2 dl. ; 23 cm

Hyppolyte R. Duthilloeul, Histoire ecclésiastique et monastique de Douai depuis l’établissement du christianisme. Douai, 1861. Niet in een Nederlandse bibliotheek aanwezig. 

Copie van het vonnisse by schepenen der stadt Leyden, gewezen jegens Peter Panne van Ypre, ter zake van de voorgenomen moort ende assassinaet, op ende jegens de persoon van zijn extie. door beleyt ende aenporringe vanden hoofden vande jesuijtsche secte binnen Douay. - (Col.: copy: Leyden, ghedruct opt Raedhuis, 1598), [1598]. - 8 p. ; in-4. - A4. Issued 22-06-1598. - Printed in Leiden by J. Paets Jacobszoon or J. Bouwensz (TB 1329). - Knuttel 1036.
Plaatsingscode UB Leiden: KL.GES 1598: 1